Commémoration du génocide arménien : Blog de Lionel Lassagne

Commémoration du génocide arménien

Je vous livre le texte de l’intervention que j’ai prononcée ce samedi 24 avril à l’occasion de la commémoration du génocide arménien.

« C’est avec grande émotion qu’en ce jour de commémoration je me joins à vous aujourd’hui, pour représenter le Président Michel Mercier, et le Département du Rhône.

Dans l’histoire de l’humanité à laquelle nous appartenons tous, une question surgit qui nous pousse parfois à nous interroger, puis la vie reprend son cours et nous continuons notre chemin. Pourtant comment ne pas s’obstiner et s’efforcer de découvrir quelle raison ou quelle déraison peut conduire un homme à intimer à un autre homme l’ordre de se livrer au massacre d’êtres qui lui ressemblent ? Ne sommes-nous pas tous les enfants d’une même famille, une famille universelle nommée humanité ?

Comment ceux qui, collectivement, reçoivent pareil ordre réussissent-ils à faire le premier geste pour l’exécuter en tant qu’individu ? Quelle passion ou quel aveuglement guident leur bras au moment de commettre le pire ? Qui sauve un homme sauve l’humanité, mais qui tue un homme tue aussi l’humanité, toute entière. Et le fait que l’homme soit à la fois capable d’amour et de haine est pour nous tous l’idée la plus insupportable, car nous voudrions tellement nous reconnaître dans ce que nous savons donner de meilleur.

En 1944, Raphael Lemkin, juriste international américain, créa le mot « génocide » car il pensait que « de nouveaux concepts nécessitent de nouveaux mots ». Il avait été en effet très marqué, et troublé par ses souvenirs du massacre systématique des Arméniens pendant la première guerre mondiale.

Mais un mot, même le plus adéquat à évoquer la brutalité de la barbarie, ne sera jamais qu’un mot. En définitive, en le définissant il adoucit l’acte le plus horrible, à force d’être utilisé il devient impuissant à rendre concrètes l’abjection, l’indignité, ou l’ignominie de ce qu’il désigne.

On ne peut pas ajouter les gens aux gens et la douleur individuelle n’est pas comptabilisable. Alors que dire de la douleur collective qui nous dépasse ? Comment faire face à quelque chose qui est à la fois incompréhensible et indicible ?

Année après année, nous pouvons continuer de nous poser ces mêmes questions, et année après année l’émotion reposera sur ces mêmes douleurs en évoluant au fil de nos pensées, de nos expériences, de tout ce que nous apprenons de la vie.

Mais les questions demeureront sans réponse car il n’en existe aucune pour expliquer ce qui ne peut raisonnablement l’être, tant que la reconnaissance ne vient pas : il faut toujours espérer et croire en l’homme afin que, acceptant les fautes de son passé, il évolue et se grandisse aux yeux de tous, et soit prêt à bâtir un avenir apaisé.

Au-delà de nos interrogations d’ordre moral, ou d’ordre philosophique, le dernier mot appartient et appartiendra toujours au prix que nous donnons à chaque vie.

Aujourd’hui, et particulièrement en ce 24 avril, nous avons le droit de nous souvenir et le devoir, propre à chacun, d’honorer la mémoire des hommes, des femmes, et des enfants d’Arménie sacrifiés, afin que notre silence ne soit pas leur tombeau d’indifférence.

 Perpétuer la mémoire n’est pas regarder en arrière, c’est savoir qui nous sommes pour avancer, c’est emporter avec soi tous ceux qui nous ont faits pour continuer, avec leur souvenir qui nous soutient la longue histoire de l’humanité.

Aux survivants et à leurs enfants qui ont alors connu la peur, le déchirement et l’exil, à tous ceux de ce peuple martyrisé de morts innocents, à vous tous rassemblés ici aujourd’hui je dis mon désir d’humanité afin que, toujours, la vie de l’homme soit notre richesse unique, incomparable et partagée.

Je vous remercie. »



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